Antwerp (c) Antwerpen Toerisme & Congres

Par Bart Van Loo, écrivain de “Les Téméraires. Quand la Bourgogne défiait la France”

Anvers

Cathedral of our lady (c) Antwerpen Toerisme & congres

1. La cathédrale Notre-Dame

À la fin du XVe siècle, le Zwin s’est ensablé et cet ensablement a été un phénomène imparable. La riche Bruges a progressivement perdu son accès direct à la mer. Ce qui avait été amorcé depuis longtemps par la nature sera définitivement concrétisé par l’actualité politique. Après une sanglante guerre civile, le vainqueur Maximilien d’Autriche (époux de la défunte Marie de Bourgogne), appela, en représailles, les commerçants internationaux, à quitter la ville et à s’installer à Anvers. Ce fut le coup de grâce pour Bruges.

Cette tendance se reflète également dans la démographie. Bruges ne franchira jamais le cap des 50 000 habitants, tandis qu’Anvers atteint avec assurance le chiffre magique des 100 000 âmes au cours du XVIe siècle. Le succès de la ville de l’Escaut fut une enseigne spectaculaire. En tant que seule ville de notre région, elle a quand même réussi à achever au moins une tour de son église gothique monumentale — un point culminant européen à 123 mètres. Depuis son achèvement en 1521, l’église Notre-Dame d’Anvers, qui n’est devenue une cathédrale qu’en 1559, est toujours restée un sommet triomphal et grandiose du style gothique brabançon, tout simplement un point culminant de l’histoire des Pays-Bas.

Remarquable : tout comme pour l’Agneau Mystique de Jan van Eyck qui se trouve encore aujourd’hui dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand, vous pouvez admirer l’un des plus grands chefs-d’œuvre de Pierre Paul Rubens dans la cathédrale d’Anvers. Il est tellement rare de voir une œuvre d’art dans son habitat d’origine, mais ici c’est possible grâce à la Descente de Croix que Rubens a été chargé de réaliser en 1611. Rendez-vous ensuite à la Place Verte (Groenplaats), où se trouve la célèbre statue du peintre datant de 1840. Vous pourrez y voir que le peintre porte un papier et si vous regardez bien, vous y découvrirez une brève esquisse de son inoubliable Descente de Croix. 

PS : Normalement, le tombeau en bronze d’Isabelle de Bourbon reviendra à la cathédrale en 2021. Actuellement, il bénéficie de l’hospitalité du Musée M de Louvain. Elle était la seconde épouse de Charles le Téméraire et la mère de Marie de Bourgogne. Sa représentation a été endommagée par les iconoclastes et les figures en pleurs qui l’accompagnaient ont disparu. Plus tard, dix d’entre elles ont refait surface. Elles se trouvent actuellement au Rijksmuseum d’Amsterdam. 

© BVL

Place Verte 21, 2000 Anvers
Ma à ve de 10 à 17 h, sa 10 à 15 h, di 13 à 17 h
Payant
www.dekathedraal.be

Museum Mayer van den Bergh, Antwerp (c) Antwerpen Tourisme en Congres

2. KMSKA / Mayer van den Bergh

D’abord la mauvaise nouvelle : il faudra encore patienter un certain temps avant que le Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers n’ouvre à nouveau ses portes. Il est fermé depuis un bon moment pour une restauration complète. Mais ne vous inquiétez pas car de nombreuses œuvres inoubliables du XVe siècle sont maintenant exposées temporairement au musée Mayer van den Bergh, dont l’un des plus beaux chefs-d’œuvre du XVIe siècle. Bref : à ne pas manquer. 

Arrêtons-nous d’abord un instant au portrait de Philippe de Croÿ (vers 1460), par Rogier van der Weyden. Le Croÿ au nez long, noble à la cour de Bourgogne, a été à l’origine d’une querelle légendaire entre Philippe le Bon et Charles le Téméraire, mais apparaît ici comme un exemple de paix et de réconciliation. Il convient de préciser que la querelle n’était pas de sa faute. Nous sommes maintenant fin prêts pour deux femmes inoubliables : une Madone sensuelle et une femme dévoyée.  

Museum Mayer van den Bergh

Ce doit être le chef-d’œuvre absolu du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers, cette Vierge et l’enfant (1454-56) peint par Jean Fouquet, le peintre de la cour française qui a également fait un portrait intrigant de Charles VII, le roi qui a été sauvé par Jeanne d’Arc et ennemie juré de Philippe le Bon. Nous y voyons une Vierge Marie du XVe siècle baisser les yeux avec dévotion alors qu’elle est entourée d’angelots rouges et qu’elle est vêtue de vêtements bleus et blancs d’où elle exhibe un sein impressionnant. Cette œuvre a plus de cinq siècles et demi, clairement médiévale dans sa conception et son inspiration, mais par son utilisation de la couleur étonnamment moderne : on ne s’en lasse pas. 

Et enfin, il y a l’œuvre de Pierre Bruegel l’Ancien que le collectionneur d’art Fritz Mayer van den Bergh a pu acquérir en 1894 pour la somme dérisoire de 488 anciens francs belges. Aujourd’hui, à l’instar des autres œuvres mentionnées, elle est devenue totalement hors de prix. Margot la folle (1563) est un tableau à propos duquel les spécialistes n’en finissent pas de se prononcer. Asseyez-vous devant le tableau, perdez-vous parmi les personnages et les monstres de Bruegel, laissez-vous éblouir par son imagination, par le feu de l’enfer et par la violence de la cupidité. 

Lange Gasthuisstraat 19, 2000 Anvers
Ma-di 10-17 h
Payant
www.museummayervandenbergh.be/fr

Retour en haut de page