lier (c) Sofie Coreynen

Par Bart Van Loo, écrivain de “Les Téméraires. Quand la Bourgogne défiait la France”

Lierre

Sint-Gummaruskerk

1. Collégiale Saint-Gommaire

À Lierre, le 20 octobre 1496, la densité de population était énorme. Philippe le Beau se maria. Philippe qui ? Eh bien, le souverain des Pays-Bas, le fils de l’empereur Maximilien d’Autriche et de Marie de Bourgogne, le petit-fils de Charles le Téméraire, l’arrière-petit-fils de Philippe le Bon. Son heureuse promise était Jeanne de Castille, que nous connaissons mieux sous le nom de Jeanne la Folle. Nous vous raconterons une prochaine fois comment elle reçut ce surnom. 

Ils se sont dit « oui » dans la belle église Saint-Gommaire, dont la construction avait commencé en 1378, mais qui ne sera achevée qu’au début du XVIe siècle. Ils ne l’ont pas fait devant l’autel principal, mais devant l’autel d’une chapelle absidiale, la chapelle dite des Colibrants, qui s’appelle aujourd’hui la chapelle Saint-Roch. C’était la chapelle des couleuvriniers, la guilde des artilleurs la plus riche de Lierre. Vous pouvez facilement vous tenir exactement là où ils se sont juré fidélité éternelle. 

Perdez-vous dans les belles ruelles et venelles de Lierre, et marchez jusqu’à l’église où, en 1496, a été célébrée l’union dynastique peut-être la plus importante du millénaire. Le fils né de cette union deviendra, par toutes sortes de coïncidences, le dirigeant d’un empire mondial.

Vingt ans plus tard, du beau monde signa à nouveau à Lierre. En effet, ils se tenaient côte à côte le 24 janvier 1516 : le vieux Maximilien d’Autriche et son petit-fils Charles, le futur empereur Charles Quint. L’homme qui manquait était le fils du premier et père du second : le bien aimé Philippe le Beau était mort dix ans plus tôt. En ce jour d’hiver de 1516, cinq vitraux impressionnants ont été sacrés à Lierre, ils font encore aujourd’hui la fierté de l’église.

Sint Gummarus processie

Sur le vitrail, la maison de Bourgogne-Habsbourg brille de toute sa gloire. La figure centrale est l’empereur Maximilien d’Autriche en personne, âgé de cinquante-six ans, avec, à ses côtés, Marie de Bourgogne, morte plus de trente ans auparavant. Évidemment, leurs enfants Philippe et Marguerite figurent sur les vitraux, tout comme leurs petits-fils Ferdinand et surtout Charles, le jeune homme vers lequel tous les yeux étaient tournés en 1516, celui qui allait bientôt porter sur ses épaules le destin de la moitié du monde.

PS La procession annuelle de la Saint-Gommaire attire chaque année de nombreux visiteurs (le premier dimanche après le 10 octobre). Seize membres de la Société des Porteurs portent le reliquaire de Saint Gommaire, pesant plus de 800 kilos, dans les rues de Lierre.

© BVL / MEER

Kardinaal Mercierplein, Lierre
1er avril-31 octobre ma-ve 10-12 & 14-17h/ di, lu, fériés 14-17h/ sa 14-16h30
Procession premier dimanche suivant le 10 octobre
www.visitlier.be/fr

Hof van Santhoven

2. Le Hof de Santhoven / Hof de Malines

Le 20 octobre 1496, pour le mariage de Philippe le Beau et Jeanne de Castille, il y avait tellement de monde debout qu’un pont sur la Nèthe ne pouvant supporter le poids de la foule rassemblée s’est effondré. Certaines sources affirment que quelques Lierrois malchanceux se sont noyés dans les eaux de la Nèthe. La fête de mariage s’est poursuivie comme si de rien n’était. L’implication du public a été si grande que d’innombrables personnes ont pris place à l’ainsi nommée Cour de Santhoven, également connue sous le nom de Cour de Malines. C’est là que les jeunes mariés ont passé leur nuit de noce. A-t-on eu des nouvelles ? Le mariage a-t-il été correctement consommé dans la chambre à coucher ?

Le bâtiment actuel date du XVIIIe siècle, mais vous pourrez peut-être encore trouver dans les fondations des pierres qui ont bu les libations de la noce en 1496. Plus tangible est la maison d’angle voisine de la Mosdijk et de la Predikherenlaan, où l’on peut encore voir une ancienne tour à escalier de l’Abtsherberg, dernier vestige du complexe où le mariage a eu lieu. 

© BVL / MEER
Vismarkt 4, Lierre
Pas accessible
www.visitlier.be/fr

Belfort Lier

3. Beffroi

Lierre a la chance de posséder l’un des beffrois les plus élégants des Plats-Pays***. Cette pointe de pierre élancée est le point culminant de la belle Grand Place depuis 1369. En soi, les beffrois étaient plutôt exceptionnels dans le Brabant, la plupart ont en effet été érigés en Flandre. Cela peut s’expliquer par le plus grand degré de participation. En Flandre, il semblait obligatoire de sceller les droits de ville accordés par le comte de Flandre par l’érection d’un beffroi, tandis que le duc de Brabant donnait plus de liberté à ses sujets. Ils étaient autorisés à faire ce qu’il leur semblait bon. Une église monumentale faisait souvent office de beffroi. La petite ville de Lierre, située pile au milieu entre Anvers et Malines, doit avoir vu la construction d’un beffroi comme un exemple ferme d’affirmation de soi. À l’origine, il faisait partie de la halle aux draps, qui a changé de fonction en 1418. Depuis lors, le bâtiment fait toujours office d’hôtel de ville de Lierre.

*** Plats-Pays : ce terme désigne ici l'ensemble des comtés, duchés et principautés qui se situent au nord de Lille et d'Arras et sont unifiés progressivement au cours des XIVe et XVe siècles. Ce regroupement des territoires septentrionaux des ducs de Bourgogne se divisera ultérieurement en deux parties qui deviendront respectivement les Pays-Bas et la Belgique. Les plats-Pays traduisent littéralement les termes néerlandais synonymes Lage Landen et Nederlanden et évite toute confusion avec les Pays-Bas actuels.

© BVL / MEER
Grote Markt, Lierre
Pas accessible
www.visitlier.be/fr

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