Leuven

Par Bart Van Loo, écrivain de “Les Téméraires. Quand la Bourgogne défiait la France”

Louvain

Universiteitsbibliotheek Leuven

1. KUL (UCL)

En 1423, Philippe le Bon fonde l’Université de Dole (Franche-Comté). Il aurait été naturel pour le duc de Bourgogne de créer sa propre université à Dijon, mais le roi de France, en tant que seigneur féodal légitime, aurait pu y mettre un terme, alors qu’il n’avait rien à dire sur la Franche-Comté. Sur le plan féodal, ce comté appartenait à l’Empire allemand. Avec la fondation de l’université de Dole, Philippe le Bon fit un gros pied de nez à Paris.

Deux ans plus tard, l’Alma Mater de Louvain vit le jour. Le Brabant, comme la Franche-Comté, était traditionnellement lié à l’empire allemand, qui ne fit pas obstacle à la démarche. En fin de compte, il y a eu deux universités dans les pays héritiers de la Bourgogne, deux fois indépendantes de Paris, c’est un fait d’importance. 

Officiellement, le faible duc de Brabant Jan IV – qui sera bientôt mis à l’écart par Philippe le Bon – est à l’origine de la fondation de l’université de Louvain, mais en réalité il s’est agi d’une initiative des administrateurs de la ville. Ils espéraient contrer le lent déclin de l’industrie du drap en donnant à leur ville un nouvel élan intellectuel. Les intérêts ont naturellement dépassé le Brabant, car les habitants des Plats Pays*** étaient le public ciblé. Il est devenu évident que Philippe le Bon prenait à cœur l’université lorsqu’il demanda au Pape en 1426-1427 de doter l’Alma Mater d’une faculté de théologie – ce qui fut finalement chose faite en 1432.

Au cours des siècles, des scientifiques de renommée mondiale ont travaillé à l’université de Louvain. Il suffit de penser à André Vésale qui a été le premier à révéler le corps humain de la tête aux pieds ou encore au cartographe Mercator. Aujourd’hui, l’UCL. est toujours une université de renommée internationale, avec comme noms connus le pionnier de l’ADN, Jean-Jacques Cassiman et le spécialiste des vaisseaux sanguins, Peter Carmeliet. Grâce à l’université, Louvain est devenue un véritable pôle de connaissances avec de nombreuses entreprises de haute technologie dans la ville et ses environs. 

*** Plats-Pays : ce terme désigne ici l'ensemble des comtés, duchés et principautés qui se situent au nord de Lille et d'Arras et sont unifiés progressivement au cours des XIVe et XVe siècles. Ce regroupement des territoires septentrionaux des ducs de Bourgogne se divisera ultérieurement en deux parties qui deviendront respectivement les Pays-Bas et la Belgique. Les plats-Pays traduisent littéralement les termes néerlandais synonymes Lage Landen et Nederlanden et évite toute confusion avec les Pays-Bas actuels.

© BVL / MEER

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Sint-Pieterskerk (c) Toerisme Leuven

2. Église Saint-Pierre 

Vous recherchez un musée-promenade médiéval ? Entrez alors dans ce chef-d’œuvre de style gothique brabançon, en grès blanc, mais malheureusement inachevé. La construction a commencé vers 1400. La nouvelle église a remplacé un édifice de prière de style roman dont la crypte a été conservée. Comme c’est souvent le cas pour les édifices de culte monumentaux du Moyen Âge, les tours prévues n’ont jamais été entièrement achevées. Des raisons financières ont probablement joué un rôle, mais le sol marécageux et instable a également dû perturber les travaux.

À l’intérieur, vous pourrez admirer toutes sortes d’objets qui ont été spécialement conçus pour ce lieu, avec comme sommet absolu bien sûr La Dernière Cène du célèbre maître flamand Dirk Bouts. En réalité, il venait de Haarlem. Le Hollandais s’était installé à Louvain peu avant 1448, et devint peintre de la ville en 1472. On cherchera chez lui, en vain, le pathos d’un Van der Weyden ou la précision quasi photographique d’un Van Eyck. Dirk Bouts, c’est le calme, la paix et le détachement. Il est également remarquable qu’il ait placé cette scène religieuse bien connue dans un cadre bourgeois, et l’a peinte en grand format une centaine d’années avant Da Vinci.

Het Laatste Avondmaal - Dieric Bouts (c) Toerisme Leuven

L’œuvre de Bouts et la copie de Van der Weyden sont suspendues autour du chœur, au centre de l’église. Vous trouverez également une impressionnante tour aux sacrements datant de 1450, réalisée d’après un dessin de Matheus de Laeyen, un chef-d’œuvre architectural et sculptural de l’époque de Philippe le Bon. Ce tabernacle est un impressionnant enchevêtrement de baldaquins, de pinacles, d’arcs brisés et de motifs gothiques dans lesquels étaient conservées les hosties bénites (le saint sacrement). 

Outre un panneau de Bouts, vous trouverez également le triptyque des Seigneurs, la première copie (1443) de la Descente de Croix de Rogier van der Weyden (env.1432-1435), l’une des peintures les plus influentes du XVe siècle. Van der Weyden, le successeur officieux de Van Eyck à la cour de Bourgogne, s’est révélé être un maestro de l’expression des émotions. Enfin, ne manquez pas de voir la Vierge assise à l’enfant (1442) et même si pour cela nous quittons l’époque bourguignonne, ne ratez surtout pas le mausolée du duc Henri Ier de Brabant (1165-1235).

Afin de raconter l’histoire des trésors artistiques de l’église dans leur contexte historique, le Musée M a développé une expérience numérique “Entre ciel et terre” qui immerge les visiteurs dans les douze points forts de l’église Saint-Pierre. Entre autres choses, les visiteurs ont l’impression de faire partie de “La dernière Cène”, et que de l’eau coule sous leurs pieds à la chapelle de Marguerite de Louvain dite Marguerite la Fière.

© BVL / MEER
Grote Markt, 3000 Louvain
lu-sa : 10-16h30, di et jours fériés : 11-16h30, me : fermé
Payant
www.diericbouts.be/fr

Stadhuis © KarlBruninx

3. Hôtel de ville

Avec son ambitieux hôtel de ville, Bruxelles voulait surpasser l’hôtel de ville de Bruges, construit sous Philippe le Téméraire et Jean sans Peur, et à son tour mettait au défi l’ancienne capitale brabançonne de Louvain de construire un hôtel de ville gothique encore plus finement ciselé. En 1439, sous le règne de Philippe le Bon, la construction a commencé sur la base des plans de Sulpitius van Vorst, mais le duc n’a malheureusement pas connu son achèvement. La construction n’a été achevée qu’en 1469, deux ans après sa mort. Essayez de vous en convaincre en l’admirant de tous vos yeux et admettez-le : cette improbable dentelle de pierre est à juste titre mondialement connue.

L’hôtel de ville historique est en cours de restauration et recevra une nouvelle mission culturelle et touristique. En tant qu’édifice public, il accueillera les habitants de Louvain et les touristes dès 2027.

© BVL / MEER
Grote Markt, 3000 Louvain
Visites guidées :www.visitleuven.be/fr

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