Mechelen

door Bart Van Loo, auteur van De Bourgondiërs

Mechelen

Hof van savoye (c)stadMechelen

1. Palais de Savoie

En 1506, Philippe le Beau, souverain des Pays-Bas, meurt inopinément. Cela plongea son père Maximilien dans un profond deuil, lui qui avait aussi perdu sa femme Marie de Bourgogne bien trop tôt. La femme de Philippe le Beau, Jeanne de Castille, n’a pas du tout supporté le choc et a refusé de se séparer physiquement de son défunt mari. C’est depuis lors qu’on l’a surnommée Jeanne la folle.

Qui allait s’occuper du petit-fils Charles (et de ses sœurs), alors âgé de six ans ? Ce fut leur tante Marguerite d’Autriche, sœur de Philippe, venue à Malines pour prendre soin de son neveu et de ses nièces. Elle y restera jusqu’à sa mort en 1530, à la Cour de Savoie, qui est généralement considérée comme l’un des premiers bâtiments avec des éléments Renaissance des Plats Pays***. On le doit aux maîtres bâtisseurs de Malines Antoon et Rombout II Keldermans. 

Au début du XVIe siècle, Marguerite d’Autriche a commencé à constituer une importante collection d’œuvres de maîtres du Moyen Âge tardif, des peintres qui ont su se surpasser grâce au mécénat bourguignon de ses ancêtres. Son neveu Charles a été témoin de sa frénésie de collection. L’idée d’une importante culture bourguignonne lui a été inculquée dès son plus jeune âge et ne sortira jamais de son esprit. Comme son arrière-grand-père Philippe le Bon, elle adorait la musique polyphonique. Dans le Palais de Busleyden, vous pourrez admirer un autre chef-d’œuvre absolu : le livre de chorale original de Marguerite.  

Ne manquez pas d’admirer le magnifique jardin intérieur, et de porter votre regard sur la statue de Marguerite d’Autriche au Marché aux chaussures (Schoenmarkt), que les Malinois appellent affectueusement « Notre Marguerite ». Sa sculpture de 1849 a menacé d’être engloutie lors de la construction d’un parking souterrain au début du XXIe siècle. Marguerite d’Autriche s’est avérée trop lourde – presque un symbole de son poids historique – et a été transférée au Schoenmarkt (marché aux chaussures) où elle regarde vers la Grand-Place, également reconstruite. 

*** Plats-Pays : ce terme désigne ici l'ensemble des comtés, duchés et principautés qui se situent au nord de Lille et d'Arras et sont unifiés progressivement au cours des XIVe et XVe siècles. Ce regroupement des territoires septentrionaux des ducs de Bourgogne se divisera ultérieurement en deux parties qui deviendront respectivement les Pays-Bas et la Belgique. Les plats-Pays traduisent littéralement les termes néerlandais synonymes Lage Landen et Nederlanden et évite toute confusion avec les Pays-Bas actuels.

© BVL / MEER
Keizerstraat 20, Malines
lu-ve 7h30-16h15, sa 8h30-15h3
Accès libre au jardin intérieur
www.visitmechelen.be/fr 

Schepenhuis @StadMechelen

2. La maison des échevins

En 1473, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire met fin à l’ancien devoir et à la coutume de toujours se présenter au Parlement de Paris comme étant la plus haute cour d’appel. C’était encore une provocation de plus envers Paris, une tentative de donner à la Bourgogne le même statut que la France. Autrement dit, ce que nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux. Malines devint le cœur de l’empire bourguignon. 

Charles le Téméraire convertit le Grand Conseil, qui se déplaçait toujours avec lui, en Parlement et donna à cette cour suprême un siège permanent à Malines, plus précisément dans la Maison des Échevins qui incarne fièrement sa dignité gothique entre la IJzerenleen et la Grande Place. 

La première mention de ce bâtiment en pierre remonte à 1288, et il est donc à ce titre considéré comme le plus ancien hôtel de ville de Flandre. Les échevins de l’époque avaient bien plus de pouvoirs que n’ont aujourd’hui les bourgmestres et les membres du conseil ; un exemple : ils étaient compétents pour juger les délits financiers et les litiges civils. 

Actuellement, la maison abrite l’office du tourisme de la ville de Malines. Entrez-y non seulement pour demander des informations, mais aussi pour admirer les deux grandes peintures murales du XVIe siècle. Vous trouverez également des îlots d’expérimentation, qui illustrent la position de Malines en tant que capitale des Pays-Bas et peuvent vous inciter à visiter d’autres sites bourguignons en Flandre.

© BVL / MEER

Vleeshouwersstraat 6, Malines
lu-sa 10-16/17*h, di 12h30-16/17*h. Du 1/4 au 31/10
www.visitmechelen.be/fr

Dijlepad Mechelen

3. Maisons patriciennes et petits hôtels particuliers

Grâce à la création du Parlement de Malines en 1473, de nombreux juges et magistrats s’installeront à Malines ce qui engendrera un ensemble exquis de luxueuses maisons patriciennes et d’hôtels particuliers, dont certains resteront une partie inaliénable du beau centre de Malines jusqu’au XXIe siècle. Voici deux exemples. 

Au cours du XVe siècle, la noble famille Schoofs réunit deux bâtiments en un seul hôtel particulier monumental où Jean Carondelet, le premier président du Parlement de Malines, séjournera également. Vous pouvez admirer la Cour de Schoofs au Marché aux grains (Korenmarkt). 

Le Palais de Cortenbach (entre la rue Notre-Dame et la Ziekenliedenstraat) date du début du XVIe siècle. Il se peut qu’elle ait été construite selon des plans du célèbre maître d’œuvre Rombout II Keldermans. Le nom de cet architecte à Malines est également lié à entre autres, l’église Notre-Dame-de-la-Dyle et naturellement au Palais de Savoie. Après d’importants travaux de restauration, le Palais de Cortenbach accueillera un établissement de restauration à partir de la mi-2020 afin que chacun puisse venir s’imprégner de l’atmosphère de l’apogée de Malines. 

À l’office de tourisme, vous trouverez un plan de poche avec un itinéraire le long des hauts lieux de la Bourgogne. À ne pas manquer : les cinq maisons qui ont encore une façade en bois vieille de plusieurs siècles. Pour ne citer que la plus ancienne : Den Vijgenboom, à l’angle de la Sint Katelijnestraat et de la A.B.straat, avec un pignon en bois du début du XVIe siècle. Il est même possible que le jeune empereur Charles Quint y ait jeté un coup d’œil. 

© BVL / MEER

Mechelen Palace Margareta Van Oostenrijk (c) Toerisme Mechelen

4. Le Palais de Marguerite d’York (le théâtre de la ville)

Qui parmi les fidèles visiteurs se rappellera que la Cour de Cambrais se trouvait ici il y a bien longtemps – la façade est encore là aujourd’hui : le palais de Jean VI de Bourgogne, un fils bâtard de Jean sans Peur devenu évêque de Cambrai. À l’époque bourguignonne, les bâtards occupaient souvent des postes importants, surtout lorsque la descendance légitime comportait peu d’hommes. En 1480, trois ans après la mort de son mari Charles le Téméraire, Marguerite d’York devint propriétaire de l’immeuble et fit faire d’importants travaux de rénovation. Lorsque, à peine deux ans plus tard, sa belle-fille Marie de Bourgogne mourut dans un tragique accident de chasse, Marguerite d’York prit à cœur l’éducation de ses petits-enfants Marguerite d’Autriche et Philippe le Beau. C’est également là que le futur empereur Charles Quint, le fils de Philippe le Beau, passa sa jeunesse. 

À terme, d’innombrables princes et princesses y seront élevés, tous issus de la lignée des Habsbourg. Le palais s’est transformé en véritable « cour d’enfants » où ont résidé à un moment donné jusqu’à 80 petits Habsbourg, avec leur propre rang. Les plus grands intellectuels de l’époque, dont le fameux Érasme, ont été invités à se rendre à Malines pour instruire cette noble marmaille.

Depuis le séjour du jeune Charles Quint, ce palais est appelé la « Palais de l’Empereur », théâtre de tant de parties de chasse bourguignonnes, de bals de la cour et de banquets où pitres, magiciens, chanteurs et musiciens donnaient le meilleur d’eux-mêmes. La destination finale de ce bâtiment ne fut donc pas un hasard. Au début du XVIIe siècle, les Jésuites ont repris le bâtiment. Ils transformèrent la plus grande salle en théâtre. 

Voilà pourquoi le Théâtre de la ville de Malines se situe aujourd’hui à cet endroit. C’est exactement là où les spectateurs sont maintenant assis que Marguerite d’York recevait ses invités. Les amateurs de généalogie peuvent mettre à profit le quart d’heure qui précède la représentation pour réfléchir à toute la descendance bourguignonne. Et en même temps, essayer d’imaginer tous ces gentilshommes et damoiselles qui sont venus ici en visite… ou qui y ont simplement vécu. 

© BVL / MEER
Keizerstraat 3, Malines
Seule la façade est à visiter
www.visitmechelen.be/fr

Museum Hof van Busleyden (c) Sophie Nuytten

5. Palais de Busleyden 

Après d’importants travaux de restauration, le Palais de Busleyden de Malines a reçu une nouvelle vocation de musée à l’été 2018, qui vise à ouvrir le passé bourguignon-habsbourgeois de Malines, mais aussi de notre région de manière générale, et à en rechercher la signification aujourd’hui. Le musée est installé dans un magnifique hôtel particulier du début du XVIe siècle, un des premiers bâtiments de la Renaissance aux Pays-Bas. Il a été construit pour l’humaniste Jérôme van Busleyden, ami d’Érasme et Thomas More, et juge au Grand Conseil de Malines.

N’hésitez surtout pas et rendez-vous au Palais de Busleyden. Promenez-vous dans les Plats Pays*** de l’époque burgundo-habsbourgeois avec des œuvres d’art uniques, telles que les hortus conclusus de Malines, le livre de chorale de Marguerite d’Autriche, une tapisserie représentant la conquête de Tunis par les troupes de Charles Quint et une rare galerie de portraits de souverains de Bourgogne et de Habsbourg. Des thèmes tels que les célébrations publiques, le tissu social de la ville, l’exploration et la créativité, la vie personnelle, la méditation et la réflexion jettent un pont entre les XVe - XVIe siècles et aujourd’hui.

Cet hôtel particulier, transformé en musée, est aussi particulièrement adapté aux familles avec enfants. À travers un itinéraire fait à leur mesure, les enfants découvriront de manière ludique les histoires de puissants monarques, chevaliers, fêtes urbaines spectaculaires et la maîtrise des artistes et artisans bourguignons.

© BVL / MEER

Sint-Jansstraat 2A
Ve-di 10-17h, je 10-22h
Payant
www.hofvanbusleyden.be/fr

*** Plats-Pays : ce terme désigne ici l'ensemble des comtés, duchés et principautés qui se situent au nord de Lille et d'Arras et sont unifiés progressivement au cours des XIVe et XVe siècles. Ce regroupement des territoires septentrionaux des ducs de Bourgogne se divisera ultérieurement en deux parties qui deviendront respectivement les Pays-Bas et la Belgique. Les plats-Pays traduisent littéralement les termes néerlandais synonymes Lage Landen et Nederlanden et évite toute confusion avec les Pays-Bas actuels.

Sint-Romboutstoren (c) Visit Mechelen

6. Grand-Place, Hôtel de ville, Saint-Rombaut

Restez là et regardez autour de vous.

Il ne fait aucun doute que vos yeux seront immédiatement attirés par la cathédrale, par la tour Saint-Rombaut qui a également servi de beffroi. La première pierre a été posée en 1452 – autrement dit, sous Philippe le Bon. Les 167 mètres escomptés n’ont pas été atteints, mais avec ses imposants 97 mètres, vous pouvez quand même la voir émerger au loin lorsque vous vous rendez à Malines. La plus ancienne cloche de la tour porte le nom du Christ – Yhesus – et sonne depuis 1480, l’année de naissance de Marguerite d’Autriche. À l’intérieur trônent fièrement des armoiries qui rappellent la réunion du chapitre de l’Ordre de la Toison d’or en 1491. Le frère de Marguerite d’Autriche , Philippe le Beau, alors âgé d’à peine treize ans, la présidait. 

Maintenant, baissez votre regard et regardez tous ces bâtiments historiques sur la Grand Place, ils couvrent la période du XVIe au XVIIIe siècle, ils embrassent la Renaissance et le Rococo. Et gardez le regard fixé sur la dénommée Maison de Cologne (n° 26) – qui est peut-être aussi un projet de Rombout II Keldermans, l’architecte de la ville de Malines qui a laissé tant de traces. La maison date du début du XVIe siècle, l’époque de Marguerite d’Autriche.

Grote Markt - Mechelen

Et bien sûr, il ne faut pas oublier l’hôtel de ville, avec d’un côté la halle aux draps du XIVe siècle, et de l’autre côté le palais du Grand Conseil. Celui-ci ne s’y est étonnamment jamais rattaché à l’époque car cette aile n’a été achevée qu’au début du XXe siècle sur la base des plans de l’incontournable maître d’œuvre Keldermans, mais néanmoins également dotée de quelques franges néo-gothiques. Si vous êtes vraiment motivé, approchez-vous et cherchez du côté de la Befferstraat les effigies des ducs de Bourgogne parmi les 36 médaillons. Ils s’y trouvent tous, de Philippe II de Bourgogne dit Philippe le Hardi, le premier duc, à Philippe le Beau, le gouverneur des Pays-Bas de Bourgogne-Habsbourg vers 1500. 

© BVL / MEER
Cathédrale Saint-Rombaut et la tour
Onder-den-Toren 12, Malines
Seule la tour est payante
www.visitmechelen.be/fr (heures d’ouverture

Retour en haut de page