Brussels (c) Visit Brussels - Eric Danhier.
Par Bart Van Loo, écrivain de “Les Téméraires. Quand la Bourgogne défiait la France”

Bruxelles

KMSKB

1. MRBAB

Dans le Old Masters Museum, qui fait partie du MRBAB, il n’est pas difficile de faire battre son cœur au rythme de la fin du Moyen Âge. Pour commencer, il s’y trouve quelques panneaux de la célèbre copie que Michiel Coxcie a faite de l’Agneau Mystique (1432) entre 1557 et 1559 à la demande du roi Philippe II. Il fit plus que copier, il adapta le travail à son propre goût et remplaça par exemple les mécènes Joos Vijd et Elisbath Borluut par les évangélistes Jean et Marc. 

Pour ce même Philippe II, Coxcie a également réalisé une copie de La descente de Croix de Rogier van der Weyden (Rogier de le Pasture), qui n’est pas ici (il faut aller au Prado à Madrid pour l’admirer), et un autre chef-d’œuvre : le portrait d’Antoine de Bourgogne (vers 1463), le Grand Bâtard. Philippe le Bon a eu jusqu’à 26 enfants illégitimes mais c’est Antoine qu’il portait particulièrement dans son cœur et il l’a inclus dans l’Ordre de la Toison d’Or – le collier sur le portrait en atteste. Regardez ce regard, si audacieux et pourtant on y voit un peu de vulnérabilité. 

Il est au moins aussi beau que le portrait que van der Weyden a fait de l’héritier du trône de Philippe le Bon, Charles le Téméraire (qui se trouve à Vienne). Mais ce musée abrite également un portrait de Charles le Téméraire attribué à van der Weyden (ou à son atelier). Et comme si cela ne suffisait pas, vous pouvez encore rêver grâce aux œuvres de Hans Memling et Dirk Bouts. Ne manquez pas Le Supplice du comte innocent (1473-1475), une vue directe sur la merveilleuse époque bourguignonne qui n’était bien sûr pas exempte de meurtres et d’assassinats.

Et pour ceux qui en veulent encore plus : En 1872, Emile Wauters a créé deux œuvres que vous pouvez admirer ici et qui font directement référence à la période bourguignonne. La Folie d’Hugo van der Goes fait référence aux dernières années confuses qu’Hugo van der Goes a passées au Rouge Cloître, situé dans la forêt de Soignes près d’Auderghem. Marie de Bourgogne devant les échevins de Bruges nous ramène au moment où la fille de Charles le Téméraire, mort en 1477, jure de respecter les privilèges de la ville.  

© BVL / MEER

Rue de la régence 3, 1000 Bruxelles
Ma-ve 10-17h, sa-di 11-18h
Payant
www.fine-arts-museum.be/fr

Parvis Sainte Gudule-Olivier van de Kerchove

2. Cathédrale Saint-Michel-et-Gudule

Le 18 juin 1464, Rogier van der Weyden, le successeur officieux de Jan van Eyck à la cour de Bourgogne, échange le temporel pour l’éternel. Un autre mortel très apprécié à qui le vieillissant Philippe le Bon a dû faire ses adieux. Le peintre de la ville – nommé en tant que tel en 1436 à Bruxelles – qui devait avoir environ 64 ans, s’appelait en réalité Rogier de le Pasture, le pendant bruxellois – “Pasture” signifiant littéralement “weide”(pâturage). Sur sa pierre tombale dans la collégiale – qui ne deviendra que beaucoup plus tard une cathédrale – le nom de “Maître Rogier” suffit à faire comprendre de qui il s’agit. La ville a fait graver un hommage en latin sur sa tombe : « Bruxelles regrette votre mort et craint de ne pouvoir trouver personne de votre valeur. » 

Malheureusement, il ne reste rien de sa tombe, mais qu’il soit bien clair que cette cathédrale a été le témoin de plus d’un chagrin bourguignon. C’est ainsi qu’en 1446, Catherine de Valois, la première épouse de Charles le Téméraire, a été enterrée ici. Dieu merci, cet endroit a également été témoin de certaines joies : Marguerite d’Autriche, la tante de Charles Quint, a été baptisée ici. Et bien sûr, Philippe le Bon a un jour, en 1435, rassemblé ici un chapitre de la Toison d’Or. Philippe le Bon aimait Bruxelles, en particulier le palais du Coudenberg. 

© BVL / MEER

Rue du bois sauvage 15, 1000 Bruxelles
lu-ve 7-18h, sa 8-15h30, di 14-18h
Entrée libre
cathedralisbruxellensis.be

KBR, Librije van de Bourgondische hertogen (c) KBR

3. KBR, Librairie des Ducs de Bourgogne

Quel endroit ! Toute l’époque bourguignonne, à commencer par la célèbre Librairie des Ducs, une collection de manuscrits d’une beauté à couper le souffle, a été présentée ici dans un musée original. Et c’est à Bruxelles, près de l’endroit où se trouvait le palais du Coudenberg, le lieu où Philippe le Bon passa d’innombrables heures, et où il commanda la création de tant d’écrits enluminés. Quoi de plus normal que d’innombrables touristes du monde entier viennent s’émerveiller devant les magnifiques miniatures, les vieux manuscrits et les premiers exemples de l’art de l’imprimerie. 

Les fragiles écrits du passé ne doivent pas être exposés à la lumière pendant plus de trois ou quatre mois d’affilée et doivent être régulièrement remplacés par d’autres. Et il y a, Dieu merci, un choix largement suffisant pour créer une rotation surprenante. Il est donc inutile de vouloir en dresser une liste, même s’il y a de fortes chances que vous tombiez sur la miniature mondialement connue de Rogier van der Weyden avec Philippe le Bon, Charles le Téméraire, le chancelier Rolin et quelques autres dignitaires. Et surtout, vous pouvez voir de façon saisissante comment le duc reçoit un manuscrit enluminé. 

L’endroit où ce musée a été construit est très symbolique : la Librairie des ducs de Bourgogne est le commencement de ce qui deviendra plus tard la Bibliothèque royale de Belgique. 

© BVL / MEER

Ouverture du musée le 17 septembre 2020
Mont des Arts 28, 1000 Bruxelles
ma-di 10-18h
Payant
www.kbr.be/fr

Bellevue Museum Facade, Brussels (c) Fonds Bellevue

4. Coudenberg

À mesure que l’empire de Philippe le Bon s’étendait, son charmant palais bruxellois s’agrandissait. Le Coudenberg symbolisait la démesure de l’ambition de la Bourgogne. Le souverain qui a séjourné dans ce complexe impressionnant ne pouvait être que le grand-duc d’Occident, le roi non couronné des Plats Pays***. 

Il suffit de regarder le tableau que Jan Brueghel le Jeune a peint vers 1627. Cela vous donne immédiatement envie d’y aller ! Se promener dans les couloirs du palais où Philippe le Bon et Charles le Téméraire ont passé tant d’heures, où le 14 janvier 1457 le père Philippe le Bon a eu une colère inoubliable contre son fils et où ce dernier a fait baptiser sa fille, Marie de Bourgogne, un mois plus tard, mais également le lieu de création de la première collection d’histoires érotiques de la littérature française. 

Mais trois fois hélas, ceci n’est plus possible. Cette résidence princière a pris feu en 1731, et avec elle probablement un certain nombre de portraits dynastiques de Jan van Eyck. Un historien habile profiterait évidemment de cette occasion pour vous dire que bien des années plus tard, un nouveau palais majeur a été construit sur les fondations calcinées – le Palais royal de Belgique – et que vous pouvez encore lire un peu du passé dans le présent.  

Cette dernière affirmation peut même être prise au pied de la lettre parce que les caves de l’ancien palais y sont toujours présentes. Grâce au musée BELvue, vous pouvez descendre sous ces voûtes souterraines et imaginer les tonneaux de Beaune qui y mûrissaient. Chuuuut… non seulement les pas de Philippe le Bon ont résonné ici, mais plus tard aussi ceux de Charles Quint. 

*** Plats-Pays : ce terme désigne ici l'ensemble des comtés, duchés et principautés qui se situent au nord de Lille et d'Arras et sont unifiés progressivement au cours des XIVe et XVe siècles. Ce regroupement des territoires septentrionaux des ducs de Bourgogne se divisera ultérieurement en deux parties qui deviendront respectivement les Pays-Bas et la Belgique. Les plats-Pays traduisent littéralement les termes néerlandais synonymes Lage Landen et Nederlanden et évite toute confusion avec les Pays-Bas actuels.

© BVL / MEER

Musée BELvue, Place des Palais 7, 1000 Bruxelles
ma-ve 9h30-17h, sa-di et fériés : 10-18h
Payant
Coudenberg.brussels/fr

Grand Place- City Hall - Brussel

5. Hôtel de Ville

Au cours du XVe siècle, la cour itinérante de Bourgogne s’arrêta de plus en plus souvent à Bruxelles. La ville s’est impliquée et a tout fait pour plaire au duc. Ils ont non seulement investi massivement dans l’agrandissement et l’embellissement du palais, mais des travaux de rénovation ont également eu lieu dans la ville elle-même. Le Parc royal tout proche et la Forêt de Soignes, riche en gibier, charmaient évidemment les Bourguignons friands de chasse. Bruges s’était fait un nom en tant que centre de commerce et économique, Gand s’adonnait de temps en temps à des soulèvements violents, mais Bruxelles semblait avoir tout ce qu’il fallait pour devenir une résidence confortable. 

En 1435, le conseil de la ville a nommé le célèbre Rogier van der Weyden peintre de la ville, un poste créé spécialement pour lui. Van der Weyden a immédiatement été autorisé à peindre quatre gigantesques scènes de justice dans l’hôtel de ville, dont la première aile venait d’être achevée. Avec ce bâtiment ambitieux, Bruxelles a voulu détrôner l’hôtel de ville de Bruges, construit sous Philippe le Hardi et Jean sans Peur. En 1444, Charles le Téméraire alors âgé de onze ans pose la première pierre de la deuxième aile, qui restera beaucoup plus petite que la partie où les œuvres de Van der Weydens se trouvaient depuis 1439. Malheureusement, ces peintures, qualifiées de chefs-d’œuvre absolus par d’innombrables visiteurs, seront perdues dans le bombardement que Louis XIV déchaîna sur Bruxelles en 1695.

© BVL / MEER

Grand-Place, 1000 Bruxelles
Visites guidées le me et di
Payant
https://www.bruxelles.be/hotel-de-ville

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